Face à la crise, les questions du montant de la licence fédérale et d’un geste financier de la part de la fédération reviennent régulièrement. Il est évident que le statu quo n’est pas envisageable pour fidéliser et assurer l’attractivité du badminton. Cependant, il est important de comprendre les tenants et les aboutissants pour ne pas pénaliser le développement de la discipline.

Rappelons tout d’abord que l’adhésion à un club affilié à la FFBaD, réglée pour une saison sportive, comprend :

  • La cotisation, encaissée par le club, qui a pour but de financer le projet associatif
  • La licence fédérale, reversée à la fédération, aux ligues et aux comités, qui a pour but de contribuer au développement du badminton

L’adhésion est donc un contrat moral entre l’adhérent·e et le club, mais aussi entre l’adhérent·e et la fédération. C’est la différence entre une séance de badminton dans un club auquel on a adhéré, et la location d’un court de badminton dans une salle à laquelle on s’est abonné. Dans le premier cas, on se réunit autour de la passion du badminton pour vivre ensemble des émotions, s’enrichir humainement. Dans le second cas, on paie pour jouer.

Et si on baissait le tarif de la licence fédérale ?

Proposer une baisse générale des tarifs pour la saison prochaine enclencherait un cercle vicieux :

A titre informatif, début 2020, les fonds propres de la fédération (c’est-à-dire le cumul de tous les exercices précédents) étaient de 1,66 million d’euros. A cela, il faut retrancher 0,38M€ de réserves. En tout état de cause, à fin 2019, dans une situation financière plus favorable qu’aujourd’hui, si la FFBaD avait voulu faire un geste aux 190 000 licencié·e·s, elle aurait donc pu offrir un remboursement de moins de 7€ par licencié·e en sacrifiant toutes ses réserves fédérales. Les conséquences directes d’un tel choix auraient été :

  • l’impossibilité d’investir dans le futur (à travers une capacité d’emprunt très fortement réduite)
  • une complexité de trésorerie pour assumer ses charges fixes (salaires, immobilier, …) ou engager la moindre action.

7€ de moins serait-il un levier d’attractivité et de fidélisation ? Au risque d’une fédération en faillite ? Cette solution serait irresponsable.

D’autant qu’aujourd’hui, la chute de 25% du nombre de licences entraîne une baisse d’environ 1,1 million d’euros de recettes pour la fédération. Cette baisse n’est pas compensée par la baisse des dépenses. Les réserves fondent ainsi très rapidement et il est fort probable que la fédération ne soit même plus en capacité “d’offrir” 7€. Les constats sont globalement les mêmes pour les organes déconcentrés (ligues et comités) qui souffrent très fortement.

Alors que faire pour soutenir le badminton ?

Et si on différenciait les montants selon les pratiques ?

Différencier les tarifs reviendrait à assumer que la fédération s’intéresse plus aux compétiteurs et compétitrices qu’aux autres. Or, la FFBaD a deux missions de service public confiées par l’Etat :

  • L’organisation de la pratique de compétition pour accéder au haut-niveau (délégation)
  • Le développement et la démocratisation du badminton (agrément)

Elle s’adresse donc à tous les publics sans distinction :

  • Par ses actions de plaidoyer auprès des décideurs publics et privés, la FFBaD défend les intérêts de l’ensemble des badistes, que ce soit au sujet des normes des équipements (gymnases, poteaux, volants, …) ou de la médiatisation
  • Par ses actions de formation, elle accompagne les dirigeant·e·s et les professionnel·le·s de l’encadrement qui améliorent ainsi l’expérience de l’adhérent·e dans son club
  • Par ses actions de développement, elle cherche à accroître les moyens des clubs, qu’ils soient financiers, humains ou en matière de gestion ou de communication
  • Par sa gestion des fonds de l’ANS qui soutiennent les pratiques à travers les projets des clubs

Pour autant, il faut reconnaître que le discours fédéral a plus souvent privilégié la compétition (conduisant à une plus grande fidélisation de ses pratiquant·e·s). Notre projet consiste justement à valoriser tous les publics, à comprendre leurs aspirations, pour justifier leur appartenance à la grande famille du bad.

Ce que nous ferons immédiatement

Dès maintenant, il faut activer les capacités d’ingénierie de la FFBaD. Ses ressources humaines (salarié·e·s et cadres) doivent être nos atouts :

  • Elles accompagneront ainsi les bénévoles et professionnel·le·s des comités et des ligues, dans un souci de concertation et d’émulation, à appréhender ces différents outils de la relance,
  • Toutes ces équipes seront à la disposition des dirigeant·e·s de club pour effectuer les démarches de demandes d’aides, mieux évaluer les impacts pour justifier les demandes, organiser la reprise en lien avec les collectivités locales.

Il faudra ensuite que nous soyons collectivement, au sein des structures fédérales, prêts lorsque le déconfinement sera acté, en matière :

  • de protocoles sanitaires (comme en juin 2020),
  • de communication (de grande ampleur, spécifique au badminton, en complément de la campagne gouvernementale),
  • d’adaptation de règlements pour éviter une nouvelle saison blanche.

Ce que nous ferons ensuite

Les deux principales difficultés sont donc de :

  • Favoriser le retour des badistes sur le terrain en toute sécurité et en tenant compte de leurs difficultés financières potentielles
  • Soutenir le bénévolat, mis à rude épreuve depuis 1 an, ainsi que les professionnel·le·s dont l’avenir est incertain : la formation est un enjeu crucial

Tous les clubs ne sont pas en urgence économique (comptes sains, baisse des dépenses), comme l’enquête du CNOSF l’a montré. Certains ont ainsi pu proposer une réduction lors de la réinscription en septembre dernier pour soutenir les badistes en difficulté. D’autres clubs en revanche ne pourront pas maintenir leurs activités et les emplois qui font leur richesse.

La FFBaD pourrait donc, en son nom propre, considérer un prêt garanti par l’Etat (disponible jusqu’en juin 2021) si les différentes aides ne permettaient pas la survie de tous les clubs. Cela nécessite bien évidemment des ressources humaines et des outils pour analyser la solvabilité des parties prenantes. Ce prêt pourrait également financer des actions de valorisation de notre sport.

Plus que jamais, il est indispensable de travailler sur les plus-values du badminton fédéral, en matière de santé, d’épanouissement, de lien social, d’éducation, de cohésion, de réenchantement du quotidien. Le badminton peut devenir essentiel.

A plus long terme, l’enjeu du mandat sera de diversifier les ressources de la FFBaD et de ses organes déconcentrés. Pour cela, nous valoriserons l’utilité sociale du badminton et soutiendrons l’esprit d’innovation de la communauté du bad. Cela permettra d’avoir une marge de manœuvre plus importante à l’avenir sur les licences et les dispositifs de soutien.